Scènes de guérilla urbaine entre hooligans dans les rues, fumigènes lancés sur la pelouse, incidents en tribune qui posent la question de la sécurité dans les stades... Une semaine après son coup d'envoi, le bilan est amer pour l'Euro 2016, même si quelques motifs de satisfaction viennent éclaircir le tableau.

Cela restera peut-être l'image de cet Euro. Celle d'un Vieux-Port de Marseille jonché de bouteilles de bière, fumant comme un champ de bataille. Celle de supporters, le torse ensanglanté, se frappant à coups de chaises ou de barres de fer dans des scènes de guérilla urbaine que les vrais fans de foot ne pensaient plus voir.

Classé à risque, le choc Angleterre-Russie samedi dernier a tenu toutes ses sombres promesses dans les rues et au Vélodrome. "On a retrouvé quatre Anglais cachés dans notre cuisine! Gazés, recroquevillés. Les Russes étaient en habits de free fight, portaient des T-shirts de combats en cage, des gants et des cagoules, ils n'avaient pas du tout bu, vu comme ils couraient et se battaient", racontait un serveur à la Pizzeria Au Sud après les incidents.

Les supporters de la Russie, qui organise le prochain Mondial en 2018, sont au centre des accusations. Ce qui a causé quelques tensions diplomatiques entre Moscou et Paris dans la semaine.

Des incidents dans plusieurs villes

Au total, selon le ministère de l'Intérieur, plus de 323 personnes ont été interpellées, 8 condamnées à de la prison ferme et 24 ont fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière dont 20 des 43 supporters russes soupçonnés d'avoir participé aux violences à Marseille. Lourd bilan.

Car après Marseille, d’autres villes ont été touchées par les violences : Lille, Saint-Étienne et Nice. Mercredi soir, des échauffourées ont éclaté entre supporters britanniques et forces de l'ordre dans le centre de Lille. Des heurts heureusement sans commune mesure avec les graves violences de Marseille.

Mais des incidents ont aussi émaillé la fin de la première semaine dans d’autres villes. Après les jets de fumigènes sur le terrain à Saint-Etienne et dans les tribunes à Nice vendredi soir, l'UEFA devrait préciser samedi les charges qui pèsent sur la Croatie et la Turquie dont les supporters se sont également tristement illustrés.

La sécurité en question, autorités françaises et UEFA responsables

Mais comment un risque si prévisible comme celui du hooliganisme a-t-il pu provoquer tant de débordements ? Hors des stades, dans les rues, c'est le problème des autorités. Elles ont été critiquées, notamment en Angleterre, pour leur action en marge d'Angleterre-Russie à Marseille.

D'abord pour avoir laissé échapper sur le moment les hooligans russes les plus violents. Puis, côté anglais, pour l'intervention jugée sans discernement des forces de l'ordre et l'usage massif des gaz lacrymogènes.

Dans les stades, la sécurité est de la responsabilité de l'UEFA. Comment des supporters ont-ils pu pénétrer dans les enceintes avec des fumigènes ou des pétards, alors que la sécurité a été érigée en priorité numéro un en raison de la crainte d'attentats ?

Après les Russes et les Anglais, supporters croates et turcs ont à leur tour causé des incidents vendredi lors des matchs de leurs sélections contre l'Espagne à Nice et la République tchèque à Saint-Etienne.

Des problèmes qui risquent de jeter un discrédit sur la France et Paris, en lice pour l'organisation des jeux Olympiques en 2024.

Audiences boostées, stades combles mais "fan zones" un peu vides

Cependant, certains éléments poussent la France à l’optimisme. Le football est le sport-roi, universel, et l'Euro intéresse, envers et contre tout. Les télévisions européennes ont vu leurs audiences boostées par le tournoi.

La RTBF a,par exemple, réalisé la meilleure audience de son histoire lundi dernier. Le match Belgique – Italie a été regardé par 1.675.518 téléspectateurs sur La Une, avec une part de marché de 77,6 %. C’est tout simplement de la plus grosse audience jamais enregistrée pour un match des Diables rouges.

Le précédent record remontait à Belgique/USA lors de la Coupe du monde au Brésil en 2010 avec 1.655.000 personnes rassemblées derrière les écrans. Au total, ce sont 3.911.000 spectateurs, sur la Belgique, qui ont regardé le duel en comptant les audiences réalisées par la VRT.

L’ARD a également fait le carton plein. La télévision publique allemande a réuni la moyenne titanesque de 26,6 millions de téléspectateurs (7 sur 10) pour le premier match des champions du monde, contre l'Ukraine le 12 juin. Et on n'en est qu'au premier tour.

En France, malgré la peur des attentats, les dix stades font le plein. Et lorsque les hooligans ne gâchent pas le spectacle en tribune, on y voit aussi de belles choses: choc Angleterre-Pays de Galles à la chaude ambiance de Premier League, Suédois déguisés en vikings, marées humaines aux couleurs rouge et jaune de l'Espagne ou verte de l'Irlande.

En revanche, les fan zones -ces vastes espaces réservés aux supporters dans les dix villes hôtes- ne font pas le plein. Depuis des mois, plane la crainte qu'elles soient la cible d'un attentat.

Mouvements sociaux sans impact

Autre motif de satisfaction pour les organisateurs: même si tout n'a pas commencé sous les meilleurs auspices, entre les poubelles débordant dans les rues de Paris et les trains à l'arrêt, les conflits sociaux qui touchent la France n'ont pas eu d'impact sur l'Euro.

C'était l'une des plus grandes craintes des organisateurs et du gouvernement, qui voulait que l'Euro soit une "belle vitrine de la France".

Source:rtbf.be